Eco-pull au vert

BilletLes anciens de Woodstock avaient beau jeu de se rouler nus dans les champs en recommandant de faire l'amour plutôt que la guerre : sans OGM, sans préservatif importé de Thaïlande, sans la pression du marketing sexuel qui impose l'usage d'accessoires en polychlorure de vinyle recouverts de diéthylhexyl phtalates, il n'avaient pas besoin d'internet pour faire vivre une commaunauté de "dating & social networking for green singles" ni pour faire connaître les dernières tendances de l'éco-bagatelle moderne.

Quarante ans plus tard, les adeptes des "ébats sans éco-dégâts" recommandent ainsi de procéder dans le noir (ou à la rigueur à la lueur d'une bougie à base de cire de soja), pourvu que la couche ait été préparée dans un linge de lit en fibre de bambou ou en coton bio équitable, nettement préférable à des matières chimiques de type polyester ou à la soie, issue d'un procédé cruel de production au cours duquel on ébouillante les cocons avec leurs vers.

Sida et croissance raisonnée de la population obligent, le recours aux préservatifs "bios accompagnés d'un lubrifiant à la sève de l'arbre de kiwi" sera privilégié afin d'éviter la déforestation des plantations d'hévéas et les adjonctions chimiques qui l'accompagnent. Quant aux préservatifs en polyuréthane, non biodégradables, ils risquent de provoquer des allergies. De même, les partisans de l'éco-pulation responsable choisiront leurs accessoires (lingerie, onguents, joujoux divers,...) dans une gamme inventive de produits 100% naturels : textile en lenpure - provenant du recyclage des déchets de pin blanc canadien, gels à base  d’aloe vera, jus de concombre, ou plus si affinités.

Autre variante militante : lutter contre la déforestation en prolongeant l'expérience menée par un couple de Norvégiens démonstratifs qui reversent le produit de leurs exhibitions (dans tous les sens du terme) sur scène pour la défense de la forêt amazonienne. Une formule  qui pourrait permettre aux anciens de Woodstock de démontrer qu'ils sont encore verts...

Ce n'est pas Isabella Rosselini qui dira le contraire : à 56 ans, elle se lance dans le "porno vert" en proposant des courts-métrages classés X sur la vie sexuelle des insectes...

(merci à la tribu d'Inoxia pour l'info)

Dicoblog_2Greenwashing : Dispositif de communication destiné à promouvoir des arguments commerciaux afin de teinter en vert (et contre tout) l'image d'une organisation ou d'un produit. Contraction probable de l'adjectif "green" et du terme "brainwashing", le procédé "greenwashing" permet de laver plus vert que vert les slogans, arguments et autres promesses publicitaires.

Tel véhicule 4x4 d'une marque française prétend ainsi bénéficier d'un "filtre à particules additivité de dernière génération permettant de réduire la température de combustion des particules" et se présente sous la forme d'une "technologie plus propre pour plus de plaisir". En réalité, ce véhicule émet près de 250 grammes de CO2 pour 100 km parcourus en ville, très nettement au-dessus de la norme de 140 grammes pourtant négociée entre la Commission Européenne et les constructeurs automobiles.

Les publicitaires peuvent puiser dans un verbatim constitué d'une gamme fournie de préfixes (éco-, bio-,...), de compléments circonstanciels (de proximité, au quotidien, avec des gestes simples), d'adjectifs (naturel, équitable, durable, citoyen, éthique,...) et de verbes engagés (débattre, sensibiliser, prendre soin, respecter,...) pour transformer utilement les sermons et autres slogans moralisateurs en promesses durablement responsables (et réciproquement).

A hotte valeur ajoutée (2)

BilletDans la perspective de Noël, un clip amusant qui fait le tour des blogs, réalisé par Didier Super. Comme son nom l'indique.

Si vous êtes encore à la recherche de cadeaux fabriqués dans un atelier clandestin français, vous pouvez toujours commander un certain dico de poche... C'est par ici.

A hotte valeur ajoutée

BilletBelle-maman,

Comme je vous l'ai dit lors de notre dernier meeting familial, je souhaite gérer l'outsourcing des cadeaux de Noël en mode projet. J'ai discuté longuement avec votre fille du contenu d'une première short list qui vous permettra plus aisément de cerner nos leviers de motivation. Il nous paraît important de mobiliser tous les acteurs, en interne, pour que notre processus de décision soit à la fois structuré, familial et efficace. En outre, cette année, ces objectifs seront plus facilement atteints puisque notre regretté Jean-Edmond n'est plus là pour interférer dans le projet.

Pour autant, si vous me permettez cette image, je ne voudrais pas que l'on se borne à une approche en termes d'opportunités à court-terme mais bien que l'on adopte une démarche proactive et globale des choix d'investissement.

Car, chère Marie-Jeanne -- vous permettez que je vous appelle Marie-Jeanne ? -- il nous paraît important de vous faire intervenir en tant que véritable partenaire dès lors que l'on parle d'investissement. Dans ce genre de projet, il arrive parfois que l'on se contente de bouger un ou deux curseurs après des réunions interminables. Eh bien, chère Majie -- allez, je fais comme vos petits enfants : je vous appelle Majie... Majie, voyez-vous, nous allons procéder avec méthode. Nous allons aborder avec vous tous les éléments de choix, avec des éléments chiffrés, et sur la base d'un véritable benchmarking.

Par exemple, nous avons référencé un concessionnaire automobile qui est en mesure de mettre à notre disposition une gamme exceptionnelle de modèles. Pour éclairer nos choix, il nous a remis un catalogue sur lequel vous pouvez réagir dès maintenant. Comme dans toute méthodologie fondée sur l'approche "balance scoreboard", il est essentiel d'avoir avant tout une vision. Fermez-les yeux, Majie. Imaginez le plaisir de vous installer à bord d'une voiture familiale, le dimanche, lorsque nous viendrons vous rendre visite avec les enfants. Dans une perspective "learning and growth", les enfants seraient ainsi ravis de se blottir contre vous, tous trois confortablement installés sur la sellerie cuir qui est en série sur la plupart des modèles que vous aller pouvoir préempter.

Eh bien, Majie, qui dit "vision" dit "stratégie", qui dit "stratégie" dit "démarche prévisionnelle". Les anglo-saxons ont une belle formule : "to succeed financially, how should we appear to our shareholders ?". Il y a dans cette question, qui est avant tout une question de bon sens, un mot extrêmement important : c'est shareholder. Majie, nous souhaitons que vous soyez shareholder. Vous pourrez ainsi vous impliquer to-ta-le-ment dans l'affaire et décider seule, en votre âme et conscience, de tous les choix d'accessoires. Et même, si vous le souhaitez, des choix de motorisation. Franchement, Majie, avec le V6 TDI 204 chevaux, vous ne pouvez pas prendre de risques. C'est un placement. Un vrai placement familial, comme Jean-Edmond aimait les faire.

Je vous laisse réfléchir un moment, Majie. Je vais chercher le dossier qui est resté dans la voiture et je reviens dans votre chambre. Comme ça, on pourra tout mettre à plat et signer la paperasse. Ça vous va ? Gé-nial, Majie. Je savais que je pouvais compter sur vous.

Ah, je voudrais juste vous demander une petite faveur, Majie. Quand vous me ferez la procuration, ne dites-rien à votre fille. Vous la connaissez : elle adore Noël et je voudrais que ça reste une surprise pour elle et les enfants.

Allez, je vais faire un peu de back office, comme on dit, et je reviens dans cinq minutes. Vous ne bougez pas, hein ? Hin hin. Nooon, je disais ça pour vous taquiner. Je me doute bien que vous n'allez pas bouger : ce n'est pas la peine de vous faire bêtement gronder par les infirmières.

Collection Mar(ke)tine

BilletC'est la grande mode sur les blogs depuis quelques jours : Martine relooke ses couvertures. Quelques titres maison en attendant la sortie de "Martine achète le dico de poche du manager impertinent" (prévue le 8 novembre) :

Mar1

Mar3_2

Mar5

Mar2

Dicoblog_2Je reviens vers toi : Arabesque destinée à vous rappeler que vous êtes empêtré(e) dans une promesse que vous n'avez pas encore tenue. Variante : Oh, dis-donc, tu tombes bien, toi.

Jeu d'Eyrolles

Billet Mon coach m'a conseillé de mettre des mots sur les troubles que je ressens depuis quelques semaines et qui expliquent en partie mon silence sur ce blog. Tout a commencé par un manuscrit que j'ai reçu par mail et pour lequel on me demandait mon avis. D'un tempérament serviable, j'ai accepté d'y consacrer un peu de temps.

L'auteur avait manifestement organisé son propos : chaque  nouvelle partie du texte commençait par un nouveau mot en gras qui se trouvait classé dans l'ordre de notre alphabet. Dans un grand élan de perspicacité, j'ai compris que j'avais affaire à un dictionnaire. Il faut dire que j'avais déjà eu l'occasion de me familiariser avec ce système sur un blog que je fréquente régulièrement (et qui n'a malheureusement pas été alimenté depuis quelques semaines). Coïncidence, sans doute : le dicoblog et le livre que je tenais en main étaient donc construits selon la même logique.

Après avoir lu quelques pages, j'ai d'abord trouvé une très grande proximité de ton avec les billets que j'ai l'habitude de lire sur cet autre blog (qui se trouve curieusement silencieux, lui aussi, depuis quelques temps). Alerté par ces similitudes, j'ai longuement surfé sur internet pour en avoir le coeur net. Je suis tombé sur le billet que vous êtes en train de lire, ce qui m'a plongé dans des abîmes de perplexité. Serait-il possible que l'auteur du dico soit de mèche avec le type qui alimente mon blog ? Ces deux là auraient-ils décidé de me faire passer pour un type souffrant de dédoublement de personnalité ? Seraient-ils complices au point d'attendre que j'ai fini la lecture du manuscrit pour déposer un nouveau billet ?

J'ai donc décidé de prendre contact avec eux séparément : tandis que j'avançais dans la lecture et la correction du dico, j'ai envoyé un mail à son auteur et un autre à celui qui gère l'e-manuel de management pour leur demander s'ils avaient entendu parler l'un de l'autre. Aucun des deux ne m'a répondu. J'en serais sans doute resté là si je n'avais pas reçu, dans le même laps de temps, un mail d'un certain "Emmanuel" qui recopiait mot pour mot les mails que j'avais envoyés à nos deux lascars. Ils étaient donc trois à vouloir me rendre dingue.

J'ai alors effectué une ultime vérification. Pour cela, je suis retourné sur ce blog qui avait fait l'objet d'une chronique sur France Inter il y a bientôt deux ans. Pas d'erreur possible : la préface du livre que l'on m'avait demandé de lire était signée par le même David Abiker. Là, j'ai beau ne pas être parano, avec quatre personnes dans le coup, cela commençait à renifler le coup monté.

Il a fallu que je découvre la couverture du livre en question pour mieux comprendre ce qui se passait : le dénommé "Emmanuel" avait utilisé quelques-uns des textes de mon blog pour rédiger un "dico de poche". Malin comme tout, il avait également demandé à David Abiker de signer la préface du bouquin. Celui-ci avait manifestement accepté de le faire et son avant-propos, brillamment troussé, avait été incorporé au début du livre. Je suppose qu'il a dû ensuite lire et corriger la première épreuve, ce qui lui laissait peu de temps pour continuer à poster sur son blog.

Dicodepoche

C'est quand son éditeur m'a contacté pour faire le travail à sa place que j'ai dû cesser d'écrire sur le mien et que le pot aux roses a  été découvert : j'étais en train de lire et de corriger un bouquin que j'aurais pu avoir écrit moi-même, avec les textes de mon propre blog.

A présent, j'ai hâte que ce "dico de poche du manager impertinent" sorte en librairie pour pouvoir en dédicacer un exemplaire à l'auteur qui se fait passer pour moi. On verra bien la tête qu'il fera quand il saura que je sais qui il est.

S'il croit m'embrouiller aussi facilement, c'est qu'il ne me connaît pas. Et s'il veut rester anonyme, je crois que c'est raté. Défintivement.

La couverture recto/verso en PDF : ici

Coup de pouce (5)

BilletEn cette période de soldes, je prolonge la série des coups de pouce inaugurée il y a quelques temps sur ce blog pour vous faire bénéficier des offres promotionnelles de quatre spécialistes du management. A vos bons de commande !


Cp41Désolé de commencer par notre manager navrologiste, Georges Mertigny, qui n'a malheureusement pas pu trouver une autre place. Il nous prie d'ailleurs de présenter à l'avance ses excuses pour le dérangement que pourrait occasionner une description nécessairement imparfaite de son métier, qui demeure - hélas - trop souvent mal compris.

Injustement perçue comme un ensemble de tâches ingrates et subalternes, sa mission consiste à formuler des propos compassionnels dans toutes les circonstances douloureuses de la vie d'entreprise. C'est avec regret, et souvent avec tristesse, qu'il doit faire part à ses collaborateurs des décisions difficiles qu'il a pourtant fallu prendre dans des contextes particulièrement défavorables. Il est profondément navré de ne pouvoir vous adresser son catalogue suite à une panne du photocopieur totalement indépendante de sa volonté.


Cp42Bernard Lagrave est praticien nosocomial. C'est en faisant un stage dans une boîte de Pétri qu'il a eu le virus pour ce métier qu'il exerce aujourd'hui avec un enthousiasme contagieux. Il intervient essentiellement dans l'organisation des cellules de crise. L'objectif est que l'équipe arrive à faire bloc dans la conduite de ses opérations afin que germent des idées dans les esprits les plus septiques. Comme il le dit lui-même,  "pour trouver des pistes stratégiques, la matrice BCG, je m'en lave les mains : l'important, c'est de s'engager avec soin et de multiplier les contacts".

Spécialiste du Koching, il manie les procaryotes et le bâton pour propager une culture d'accueil et d'hospitalité dans les services où il intervient. Au moment de toucher ses honoraires, il se montre toutefois peu patient.


Cp43Votre organisation a besoin de souplesse et de flexibilité ? Thérèse Rigonard peut intervenir comme facilitateur en agilité corporate. Grâce à elle, vous allez étirer vos budgets, muscler votre stratégie, tonifier votre comité de direction, relâcher les tensions concurrentielles et assouplir en douceur votre business plan.

Notre intervenante propose également des programme de team-building budgétaire pour sculpter harmonieusement, step by step, votre reporting semestriel. Vous progressez en équipe pour éliminer les charges disgrâcieuses et raffermir les cellules de votre tableur en prévision de l'été. Ses tarifs sont également très souples. Jusqu'au 31 juillet, 30% de remise sur le training spécial "assemblée générale".


Cp44Jean-Yves Roquefort est consultant en pléonasmologie managériale. Depuis dix ans en arrière, il bénéficie sur le marché hexagonal français d'un monopole exclusif pour cette spécialité, qu'il exporte d'ailleurs aussi à l'étranger.

Lors de ses interventions programmées à l'avance, sa première priorité est de commencer d'abord par un diagnostic préalable à toute préconisation de sa part. Ensuite, pour continuer, Il compare ensemble les différents documents de l'entreprise écrits sur papier (comme par exemple les brochures reliées) dans lesquels il débusque les pléonasmes redondants qui y sont cachés. Le but final est d'abolir entièrement les moindres petits détails ou les ajouts supplémentaires qui apparaissent comme des répétitions tautologiques surtout au niveau de l'apparence extérieure. Enfin, pour conclure, il propose une autre alternative pour corriger après coup les erreurs et éviter qu'elles ne se répètent une deuxième fois. Dépêchez-vous vite : au jour d'aujourd'hui, il applique une remise pour réduire son prix de vente sur tous vos projets d'avenir. 

Plume de corbeau

Billet

Cher monsieur,

Votre société se présente comme leader sur son marché et bénéficie d'une grande notoriété grâce à une politique de recrutement audacieuse. J'en discutais encore ce matin avec votre directeur commercial, Stéphane Carpon, qui se trouve être mon voisin de pallier. Il me disait qu'il était très satisfait de sa rémunération pour un job qui lui laissait beaucoup de temps libre. Je suis d'autant plus enclin à le croire qu'il a encore passé sa matinée à me vanter les mérites de la carrosserie de sa voiture de fonction et celle de son assistante Jessica, avant de partir vers 11 heures pour un repas d'affaires.

Mes récentes entrevues avec Stéphane m'ont convaincu qu'il n'était pas nécessaire d'être un cador pour vendre vos solutions. Comme lui, je ne suis pas une flèche en anglais mais je pense pouvoir utiliser les mots "business intelligence", "relationship" et "benchmarking" à tout bout de champ. Si je ne sais pas encore faire des moulinets avec mes poignets avec autant de dextérité que lui, j'ai acquis moi aussi une solide maîtrise du surf oisif sur internet, je sais faire des oeillades expressives et des petits bruits agaçants avec ma bouche du genre "pfchkt pfchkt" pour donner l'impression que je réfléchis. Je veux bien apprendre à porter des lunettes de soleil dans les cheveux et raconter des blagues Campanile pour épater votre standardiste.

Je suis très ouvert quant au type de responsabilités que vous pourriez me confier, même si cela me demande de me déplacer pendant quelques semaines ici ou là, en Thaïlande ou en Australie par exemple.

Mon CV ci-joint retrace la douzaine d'années que j'ai passée à la recherche d'un poste attractif. Mon diplôme de Bachelor of Master in Business Marketing que je suis censé avoir obtenu en Angleterre fait en général illusion quelques semaines tout comme mon titre de "Directeur d'Exploitation" que je me suis octroyé lorsque j'ai coulé la boîte de ma femme il y a maintenant deux ans. Actuellement chef d'équipe pour la vente de contrats d'assurance, de calendriers et de peintures réalisées avec les pieds, j'ai développé un sens aigu du commerce en "face to face" et une grande aisance dans les négociations de haut vol, comme le disent mes clients eux-mêmes.

Je me tiens donc à votre disposition pour un entretien et j'ajoute que je suis tout à fait prêt à travailler avec Jessica si un stupide accident de freinage vous imposait de vous priver des services de Stéphane Carpon à plus ou moins long terme. Vous pourrez d'ailleurs demander mes coordonnées directement à votre fille puisqu'elle connaît bien - semble-t-il - l'adresse ou habitait ce malheureux Stéphane.

Recevez, cher monsieur, l'assurance de mes salutations les plus dévouées.

- Source son : Editions Sittelle -

- Pour les amateurs du langage des corbeaux, voir le blog de J. Véronis -

Espèces de traduc'

Billet - Ecoute, Armand, ça fait un quart d'heure que tu me saoules avec ton projet. En plus, le téléphone, c'est pas l'idéal. Là, je vais être franc : je suis complètement largué. Et à mon avis, avec ta stratégie, ce que je vois surtout, c'est que ça va coûter un max de pognon. Tu peux toujours essayer de convaincre Lucas mais pour ma part, le dossier ne tient pas la route.

[ Formidable, Armand, tu as fait un super boulot. Je vais  être franc : j'ai besoin d'avoir une vue d'ensemble et il faut que je regarde tout ça à tête reposée. Le téléphone, c'est pas l'idéal. En tout cas, tu as une stratégie claire et audacieuse. A mon avis, à ce stade, il faut budgétiser tout ça. Comme ça, tu pourras facilement convaincre  Lucas. Ce que je te propose : tu m'envoies le fichier par mail et je te fais un retour. ]

Mask2 - Dis-donc, Christian, t'exagères : c'est toi qui m'as refilé le bébé et tu m'as dit de recopier tes chiffres. J'ai passé mon week-end sur ton business plan à essayer de remettre de l'ordre dans ton dossier et maintenant, il faudrait que j'aille faire le tapin chez Lucas. Tu te fous de moi, non ?

[ Aaah, Christian, je savais que je pouvais compter sur toi. Tu m'as fait confiance sur ce dossier et je crois qu'on y a tous gagné en lisibilité. Tu as entièrement raison : à un moment donné, il faut que Lucas prenne aussi ses responsabilités. Comment tu me conseilles de procéder avec lui pour jouer gagnant-gagnant ? ]

- C'est simple, Armand : tu te démerdes. Moi, j'ai assez perdu de temps à t'expliquer ce qu'il fallait faire. Alors, soit Lucas a du temps à perdre et il te filera un coup de main ; soit, comme je le pense, il va tout faire pour se défiler et tu n'as plus qu'à trouver un autre pigeon pour financer l'opération. Voilà. Dans tous les cas, tu peux toujours t'asseoir sur tes vacances en juillet.

[ C'est simple, Armand : tu as carte blanche. Moi, je te fais entièrement confiance pour avancer avec lui. Comme on est tous plus ou moins overbookés en ce moment, je pense qu'il a tout à gagner à être clean vis-à-vis de toi. Soit il  te donne tout de suite son feu vert ; soit, comme je le pense, il va t'apporter son expertise pour trouver des partenaires qui peuvent financer l'opération. Voilà. Dans tous les cas, c'est un beau challenge d'ici la rentrée de septembre. ]

- Non mais oh... Tu ne penses tout de même pas que je vais me cogner ça cet été, non ? Tu n'es pas capable de me filer un cahier des charges en temps et en heure, tu es barré tous les quatre matins et je passe mon temps à rattraper tes boulettes. Je te le dis clairement, Christian : ton dossier, je n'investis plus une minute de mon temps. Si ça ne te plaît pas, on en parle à Jean-Marie en codir et si t'insistes, je déballe tout et ça va ronfler.

[ Ça, tu l'as dit... C'est vrai que le temps file. Il faut qu'on soit capable de revoir le dispositif de pilotage pour prendre en compte tes contraintes de disponibilité. Dès qu'on aura défini des axes prioritaires et qu'on sera calé sur des objectifs chiffrés, je pourrai avancer tranquillement. Il vaut mieux qu'on attende septembre pour en parler à Jean-Marie en codir. Si on insiste alors que le projet n'est pas assez mûr, il aura du mal à arbitrer. ]

-  C'est ça, eh bien, casse toi. Et tes menaces, je m'en rappellerai quand il s'agira de discuter des primes de fin d'année. Pffff, t'es vraiment un blaireau, Armand. Clic. Bip bip bip...

[ C'est ça, eh bien, reviens vers moi quand tu auras avancé. Et encore bravo ; je saurai m'en rappeler quand on fera le point en fin d'année. Clic. Bip bip bip... T'es vraiment un blaireau, Armand. Pffff. ]

Coaching dans les prés

Billet

Le site Mojiti permet de personnaliser le contenu des vidéos hébergées sur des sites comme Dailymotion ou YouTube.

Voilà une adresse qui pourrait figurer sur l'excellent blog Techbee (à moins qu'elle n'y figure déjà) et qui m'a donné l'idée d'expérimenter les options de sous-titrage à des fins de décryptage.

Si le coach du film se reconnaît, qu'il me fasse signe : j'aurais deux-trois axes à développer avec lui...

ASI muté

BilletJe participe au grand concours ouvert par Daniel Schneidermann suite à l'arrêt de son émission Arrêt sur Images.

Lettre ouverte à l'attention de M. de Carolis et M. Vilamitjana, managers de la Compagnie France 5 Television Entertainment Corp.

Messieurs les Directeurs,

Votre chaîne est à la recherche d'émissions innovantes à forte vocation pédagogique. Vous êtes convaincus qu'il est nécessaire de développer au niveau corporate l'ancrage de valeurs impactantes à destination d'un large public afin de décliner une offre à la fois exigeante, décalée et à haute valeur ajoutée éducative. Désireux d'enrichir votre politique de diffusion produits, vous avez fait part de votre souhait de remanier la grille de vos programmes lors du prochain package "spécial rentrée".

Etant spécialisé dans le design et l'implémentation de produits communicationels éco-citoyens, j'ai le plaisir de vous faire part, à titre gracieux, des guidelines susceptibles de nourrir un plan d'action ambitieux pour vous aider à atteindre, en interne et en externe, vos objectifs qualitatifs.

1) Je vous recommande, par exemple, de continuer à développer le territoire de communication que vous avez durablement préempté en vous positionnant comme une chaîne de l'intelligence à l'aide d'une opération de recyclage et de repositionnement des équipes que vous avez su mobiliser pendant de longues années.

2) Vous pourriez, par exemple, confier la programmation d'une émission consacrée à la critique de la télévision à des journalistes qualifiés et à des chroniqueurs brillants afin de capitaliser sur l'image de sérieux et d'audace tout en maintenant une cohérence de ton.

Asi2 3) En enrichissant votre grille d'une émission hebdomadaire sur ce sujet, vous pourriez garantir à cette équipe de relever le challenge d'une émission toujours renouvelée, travaillée en profondeur. et à fort contenu intellectuel. Ces valeurs, certes dissonnantes dans le paysage concurrentiel, vous assureraient un renforcement de votre avantage concurrentiel distinctif. Une programmation le dimanche midi vous garantirait la présence d'un public fidèle, largement rompu à la pratique d'un visionnage familial et développant une forte appétance aspirationnelle pour des produits consistants au plan spirituel.

4) Le choix du titre de l'émission demande une certaine distance critique face à l'iconographie envahissante. Il impose de recourir à une dynamique qui associerait prise de distance et analyse du mouvement. Il faut une accroche, un message fort. A mes yeux, le titre "Arrêt sur images" permettrait d'assurer une grande cohérence entre le projet de lecture critique et le positionnement iconoclaste recherché pour éveiller les sens.

Pour nous résumer, je propose une formule innovante et unique dans le paysage de la prochaine rentrée : une émission dominicale intelligente, que vous pourriez appeler "Arrêt sur images", qui consoliderait la vocation éducative de votre chaîne et qui serait animée par des journalistes consciencieux et des chroniqueurs attentifs et percutants. C'est un concept qui fait sens par sa robustesse et sa simplicité et qui serait particulièrement pertinent dans une politique de programmation résolument tournée vers l'avenir.

Si vous souhaitez aller plus avant dans la définition d'une stratégie RH, je peux rapidement mobiliser une équipe dédiée et vous faire connaître les termes d'une proposition de collaboration avec quelques acteurs que je devrais pouvoir facilement convaincre. Je serais ainsi en mesure d'assurer un staffing complet dans des conditions tout à fait compétitives.

Cette stratégie de rupture serait une chance pour votre chaîne et je suis certain qu'elle permettra de vous positionner en leader responsable et de porter votre identité au meilleur niveau.

N'hésitez pas à me contacter sur ce blog.

Je vous prie d'agréer, Messieurs les Directeurs, l'expression de mes sentiments les plus dévoués.

- Source image : RM, forum "Sans entraves" sur Heberg-Forum -

Cachemire télévisuel

BilletAlors que l'émission Arrêt sur Images risque (pour la deuxième année consécutive) de passer à la trappe, les JT déploient des trésors de pédagogie pour expliquer le fonctionement de la TVA sociale, présentée comme une "TVA anti-délocalisation" selon un joli tour de passe passe sémantique.

Cette mesure relève typiquement d'un choix politique. Dont acte. Les promoteurs et les adversaires de cette mesure ont des arguments, dont je ne souhaite pas ici discuter le fond.

Ce qui me fait bondir, c'est la façon dont les journalistes expliquent le mécanisme. Ce reportage diffusé sur France 2 mardi dernier donne une bonne illustration du procédé.

Convaincant, non ?

La sécurité sociale est renflouée, le coût du travail est allégé, la consommation reprend : tout le monde y gagne. Y compris le consommateur attentif qui aura bien noté que le nouveau prix du pull est de 118,75 Euros au lieu des 119,60 Euros. Allez, même si on arrondit, disons que cela revient au même. Franchement, pourquoi est-ce qu'on n'y avait pas pensé plus tôt ?

Quelques erreurs d'analyse se sont pourtant glissées dans cette infographie didactique.

1) Passons sur le coût du pull à 100 Euros. Bien-sûr, c'est pour l'exemple. Le journaliste n'allait pas commencer à faire des calculs avec un pull à 59,90 Euros : ça complique tout. Finalement, il s'agit peut-être d'un pull en poils de serpent. Ce qui importe, c'est qu'on ait l'impression qu'il s'agit d'un vrai pull à 100 Euros, comme celui que vous et moi allons acheter l'automne prochain.

2) D'où la deuxième confusion : la TVA ne s'applique pas sur le coût de production pour le consommateur mais sur le prix de vente, précisément sur le montant hors taxes. Le producteur de pulls ne va pas certainement pas vendre son produit au distributeur à 100 Euros. Et le distributeur va, à son tour, multiplier le prix par deux ou trois. Pour garder les ordres de grandeur utilisés, il faut donc considérer que le prix de vente sera, hors taxes, de 300 à 350 Euros. Sur lesquels s'appliquera la nouvelle TVA augmentée.

3) Troisième anomalie : le coût de revient du nouveau pull est de 95 Euros. C'est très pédagogique : j'augmente la TVA de 5% d'un côté, donc je baisse le coût de revient de 5% de l'autre, sous-entendu, je diminue les charges patronales de 5 points.

Sauf qu'on ne connaît pas la part du salaire dans le coût de production affiché. Si les salaires représentent 70 Euros dans la formation ce coût, cela veut dire que les charges patronales représentent 23 Euros.  Pour enlever 5 Euros, il faut donc procéder à une baisse de 22% des charges patronales. Ce n'est plus tout à fait pareil. En présentant des Euros et non des pourcentages, la soustraction avait pourtant l'air simple...

4) Admettons que notre producteur de pulls parvienne malgré tout à résoudre l'équation de France 2. Il va aller voir un distributeur de pulls. Celui-ci va donc acheter le nouveau pull à un coût plus bas, disons 150 Euros HT. Comme le producteur paie 5 Euros de charges en moins, il peut même le vendre 145 Euros HT. D'ailleurs, le distributeur y veillera au moment de la négociation dans sa centrale d'achats.

Le distributeur ajoute sa marge pour le vendre 300 Euros HT. L'application du nouveau taux de TVA renchérit le prix sur l'étiquette de 15 Euros. Comme le distributeur est gentil et qu'il a des concurrents, il trouve que ça fait un peu cher. Il ne va donc répercuter que 12 Euros en expliquant qu'il fait un gros effort sur la TVA sociale pour fidéliser ses clients.

Moralité : le consommateur va payer son pull avec 12 Euros de TVA en plus (pour l'Etat) et le distributeur aura gagné 2 Euros au passage pour avoir mieux négocié ses prix. Sans compter que les charges sur les salaires de sa caissière et de son chef de rayon auront baissé aussi de 5%.

Qui gagne ?

- Le producteur ? Non. Il aurait même intérêt à continuer à aller en Chine où il peut trouver de la main d'oeuvre 30 fois moins cher qu'en France. L'effet anti-délocalisation, il faudra sans doute en reparler dans un autre reportage.

-  Le distributeur ? Oui, car il a pu négocier son prix dans de meilleures conditions tout en continuant à payer ses caissières de la même façon bien qu'ayant économisé des charges patronales (y compris, bientôt, sur les heures supplémentaires).

- L'Etat ? Oui, avec 15 Euros de TVA supplémentaire d'un côté, contre 5 Euros d'allègement de charges patronales de l'autre.

-  Le consommateur-contribuable ? Non. Son pull aura augmenté de 4% tandis que son salaire restera inchangé. Heureusement, il pourra travailler plus pour gagner plus pour acheter son pull plus cher. Mais c'est déjà une autre histoire.

En tout cas, c'est marrant : ce n'est pas du tout ce que j'avais compris après les explications de France 2.

- Source : Journal de 13 h - 12/06/07, France 2 -

Cherchez l'intrus

Billet

1) Projet - Ambition - Stratégie - Comptabilité
2) Amortissement - Humour - Liasse fiscale - URSSAF
3) Benchmarking - Brainstorming - Brushing - Consulting
4) Facture - Sérénité - Finance - Budget
5) Développement durable - Responsabilité Globale - Qualité Totale - Assemblée Générale
6) Serviable - Jean-Louis Bertin - Sympa - Amical
7) 58 % - CAC40 - Poésie - 203 K€

Solutions
1) Il s'agit, bien sûr de l'ambition, qui est une caractéristique personnelle.
2) L'intrus est URSSAF puisque c'est un organisme.
3) Le mot "consulting" est le seul à commencer par la lettre C.
4) "Finance" est le seul terme commun au français et à l'anglais.
5) L'intrus est la rentabilité à court-terme.
6) "Sympa" est la seule apocope de la série.
7) 203 K€, car on ne dit jamais 203.

Réseau dormant

Billet- Tiens, salut, ça va ? La forme ?
- Salut Jean-Philippe. Ouais, ça va, comme un mercredi.
- Hun hun, comme tu dis, ouais. Dis, justement, je suis content de te voir, faut absolument qu'on se voit.
- Ouh la, en ce moment, c'est un peu chaud. C'est pour quoi ?
- Oooh, deux trois bricoles pour ton prochain déplacement. Mais j'ai vraiment besoin de ton expertise.
- Dans ce cas, rapproche-toi de Valentine, elle peut te faire un retour pour valider ta démarche.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Tu sais, elle est un peu euh... Je peux l'appeler de ta part ?
- Oui. Si tu veux, tu m'envoies d'abord un mail, tu fais juste quelques lignes, et je la mets en copie.
Venon_4 - Sympa. Comme ça, je peux revenir vers elle et lui demander de faire le point avec toi.
- Ça me paraît le plus simple.
- On fait comme ça, alors.
- Est-ce que Benoît a été mis au jus ?
- Non, il est surbooké. Tu ne préfères pas qu'on attende la réunion qu'on a prévue avec lui après-demain ?
- Rhaaa, je ne pourrai certainement pas y être. Ecoute, c'est pas grave, tu lui fais une note, très simple, avec tous les éléments, histoire de le mettre dans la boucle et on en reparle.
- Gé-nial. Je fais aussi une copie à Simon ? Comme ça, il sera au courant ?
- Pourquoi pas ? Quoique, … non. Simon, s'il sent qu'on fait appel à lui, il risque de bloquer. Stratégiquement, il vaudrait mieux demander conseil à Valérie pour voir comment il va réagir s'il sait qu'on a demandé conseil à Benoît.
- Mmm mmm. T'as raison : c'est plus simple.
- Et moins risqué. Par contre, faut que j'y aille, là.
- Okay, okay. Donc : je t'envoie un mail et dès que j'ai validé auprès de Valérie que Benoît est d'accord sur l'approche vis-à-vis de Simon, tu le forwardes à Valentine.
- Entendu. Et tu n'oublie pas de mettre Agnès en copie.
- D'accord. Merci pour ton feed-back. Sans toi, je ne sais pas comment on ferait pour travailler efficacement.
- De rien. Tu as bien fait de m'en parler. A ton poste, chaque décision compte.
- Au fait, qu'est-ce que tu penses de me confier aussi la réservation du taxi quand j'aurais fini avec cette histoire de bon de commande pour l'hôtel ?

- Source image : Mathieu Vernon -

Maîtrise d'ouvrage

BilletCe matin là, le soleil dardait ses vifs éclats dorés sur les tranches élimées des précieux palimpsestes qui ornaient les étagères massives de la bibliothèque en bois d'ébène. "Comme la lumière est belle à l'orée du jour", me dit Pierre-Maxime. Sa voix avait percé le silence enveloppant du salon dans lequel nous avions pris place. Le lourd fauteuil en cuir sembla lui répondre par un grincement lorsqu'il se leva.

Debout, il tendit sa main vers un manuscrit qui trônait au milieu d'un guéridon en bois florentin. Il prit solennellement les quelques feuilles de papier sur lesquelles avaient été couchées avec application les lignes d'une écriture fine et régulière.Billet  "Voyez-vous", reprit-il, "lorsque j'ai commencé ce projet de roman, je ne savais pas où tout cela allait nous mener". D'un geste sûr, il ôta ses lunettes, en replia les branches et les fit tournoyer comme un radhiestésiste au dessus des feuillets. Les reflets de la monture glissaient sur le papier en dessinant des demi-lunes turbulentes. Il prolongea le mouvement de son bras vers moi puis se ravisa. Il replia son pouce pour tenir ses lunettes dans le creux de sa paume et pointa un index vers le texte. "Ce que j'ai écrit aura peut-être du sens pour d'autres. Pour moi, ce sont d'abord des mots. Mais ces idées, j'en suis certain, transporteront de belles émotions".

1) Comment l'auteur utilise-t-il le thème de la lumière pour figurer les rapports entre les personnages ?

L'auteur montre surtout que le dénommé Pierre-Maxime a du pognon. Déjà, Pierre-Maxime, tu sens bien que c'est pas Jean-Claude, Bébert ou Lulu-Dylan. Le côté "Comme la lumière est belle à l'orée du jour", c'est de la foutaise pour épater son fournisseur. Moi, je vois, dans ma boîte, j'ai un client qui fait pareil. Il est là, "nana nanana, ma chère, vous reprendrez bien du thé". Alors, je vais vous dire : tant que je me cale sur les objectifs, je bois du thé et pis c'est marre. Donc, l'autre pimpin qui branlotte ses lunettes au dessus du dossier, c'est pas ça qui va m'impressionner.

2) Relevez dans le texte les éléments qui montrent que Pierre-Maxime est un écrivain en proie au doute.

Votre Pierre-Maxime m'a bien l'air d'être une belle tarlouze. Et que je fais des histoires avec mon guéridon en bois précieux, et que je m'agite les lunettes en faisant la grande folle, que je joue à l'écrivain qui doute. Bon. Maintenant, faut savoir ce que tu veux, en tant que commercial. Ce qui compte, c'est déployer une solution globale pour couvrir le métier et fourguer de l'expertise. Donc, tarlouze ou pas tarlouze, ce que je regarde, clairement, c'est le bon de commande. Le reste, je m'en tape. Si je lui dis qu'on va faire des échanges de bonnes pratiques, c'est pas la peine qu'il commence à se palucher : c'est une image.

3) Quels procédés utilise le narrateur pour souligner la pudeur de l'écrivain ?

Nous, soyons très clairs, on est là pour faire du bizness en gardant une logique globale. Alors, les états d'âme, ça va cinq minutes. J'ai fait un peu de PNL, ce qui fait que les loulous du genre Pierre-Machin, j'ai les outils. Moi, je constate : il dit "voyez-vous" et il tripote ses carreaux. C'est donc un visuel. Qu'est-ce que je vais faire ? Eh bien lui balancer du "regardez moi ça, jetez un coup d'oeil". Il y a eu des études là dessus, ça marche.

4) A quelles émotions le personnage fait-il allusion dans la dernière partie du texte ?

Si tu lis bien entre les lignes, tu te rends compte que le Pierre-Truc, en fait, il n'est pas trop fier du dossier qu'il a pondu. Tu sens bien qu'il veut s'orienter dans une démarche progrès mais qu'il ferait mieux de mettre en place un intégrateur métier s'il veut se bouger. L'autre, en face, c'est pas un bon : il se noie dans les détails à la con, genre "tiens, il fait du bruit, son fauteuil". Moi, je lui ferai vibrer la corde sensible, au client. Je lui dirais que je peux lui apporter de la visibilité, faire un linkage ouvert et remettre à plat son système. C'est comme ça que le type il commence à t'écouter. Alors les émotions, d'accord, mais à condition de capitaliser du savoir-faire métier.

5) "Ce que j'ai écrit aura peut-être du sens pour d'autres". Comment interprétez-vous cette expression de l'écrivain ?

Typiquement, ça veut dire tout et son contraire. "Donner du sens", c'est le genre de formule qu'on te rabache à longueur de réunion mais ça veut dire que c'est toi qui te dépatouilles du dossier. Au début, tu fais une analyse extrêmement fine des besoins, tu apprends le cahier des charges par coeur, à la limite tu vas voir Daniel ou Patrice si c'est trop technique, mais la règle ça reste de bazarder du standard le plus possible. Sauf qu'il ne faut pas le dire au client. Il faut qu'il comprenne qu'il est unique et que tu lui fourgues du sur-mesure. Si tu ne lui dis pas que ça va donner du sens, tu ne peux pas facturer le même prix.

Qui nem me suive

Billet

Chère ressource humaine,

Dans un souci de rationalisation de la démarche convivialité que nous avons implémentée depuis le 01/01/07, nous souhaitons désormais gérer nos relations interpersonnelles à partir d'une méthodologie fonctionnelle avancée. Vous voudrez bien prendre connaissance des mesures qui ont été actées en réunion interactive paritaire et qui seront applicables dès le 20/02/07.

1) Dans l'optique de simplifier nos échanges interpersonnels avec notre nouvel actionnaire, les hommes se feront appeler Alain et les femmes Corinne, conformément aux statistiques de fréquence de notre fichier du personnel (respectivement 4,2% et 6,4% des prénoms enregistrés dans notre base de données classée selon le critère H/F).

Galienni 2) Afin de permettre aux très honorables membres du nouveau board de prendre connaissance facilement des informations que nous échangeons, chacun fera l'effort d'éviter les mots de plus de deux syllabes dans les communications orales et écrites. Les adeptes du "repostionnement" et de la "miniaturisation" sont priés de trouver des formules plus brèves pour s'exprimer. Ces deux mots sont imprononçables pour des Chinois, tout comme le mot "imprononçable", beaucoup trop long.

3) Chacun fait le nécessaire pour être concis. Les mots sont simples, les idées sont claires, les phrases sont courtes. Merci d'aller à l'essentiel. Une idée par phrase. Ça suffit.

4) Tous les Alains et Corinnes doivent rendre mobile portable au chef. Pas assez utile et trop coûteux. Coûteux, donc pas marge.

5) Merci aussi finir avec articles français. Pas assez facile pour comprendre toujours. Faire choisi avec mots traduire. Pas chercher bon Français, trop dur : sinon jamais compris donc, facile, merci.

6) Alain, fais effo et Corinne effo aussi. Alors, sinon, je pas bien savoir, difficult, and je pas pouvoi décidé. Alors, mauvais choix donc vous aussi pas bonheur. Equipe pas bonheur, pas bonus. Vous work ensemble, moi avec décide. Donc Alains et Corinnes give plus pour bonheur équipe.

7) Board veut content. Trouver marché, vendre plus. Fini parler. Faire encore visites, signer contrat. Pas business avec toujou rigolé. Faire bénéfice. Alains et Corinnes (A & C) faire marge forcast Q2. Next mois target : 700.000. Business plan => Develop market +12%

8) Global culture. If A & C no , end of job. TRI 7%, margin 540.000, K + 774.330

9) A & C ->

10)

Li Hu Guo, boss.

- Source image : "Le Beau Parleur" (Galienni) sur le site galienni.typepad.com -

Club des 5

BilletJ'ai été invité ici ou à participer à la grande chaîne internet des "5 choses que vous ne savez pas sur moi" . Afin d'assurer une qualité irréprochable de la relation client sur ce blog, je souhaite m'engager pleinement dans ce challenge tout en espérant que cinq autres blogueurs (je pense à Anne-Lise, Blaise, Bushido, Claudius et TechBee) sauront faire le nécessaire pour continuer à mutualiser nos compétences.

1) Je pratique une forme d'art divinatoire, très pratique en recrutement : je lis dans vos pensées. Par exemple, là, je suis sûr que vous êtes en train de penser à un tournesol. Voilà. Comment ça, non ? Vous venez à l'instant de visualiser un tournesol, ne me dites pas le contraire : je l'ai vu dans vos pensées. Et maintenant, vous vous dites : pfff, n'importe quoi, son truc : c'est lui qui a écrit le mot "tournesol", alors forcément... Oui, peut-être. Mais en attendant, je sais ce que vous êtes en train de penser. C'est fort, non ?

2) Je suis fan des écrivains qui ont fondé l'Oulipo (Queneau, Perec, Calvino) qui ont un talent fou pour écrire "sous contrainte". Application. La mission consistant à fournir un propos sur mon blog sans pouvoir m'offrir la contribution du "mmm" (comptons jusqu'à cinq dans un dico) conduit à la publication d'un syllabus qui a l'air subtil ou attrayant mais pas probant au fond.  On dira donc bravo à G.P qui fit tout un roman sur "la disparition" d'un... truc pourtant commun.

3) J'ai des talents d'imitateur. Par exemple : "Vui vui, je vaïe m'en occuper, c'est prévu, rhin rhin". Bon, c'était pas facile-facile, je vous l'accorde. Il manque les gestes. Je le refais : "vui vui, dis donc dis donc". Nan, toujours pas ? Pourtant, rhaaaa. Allez, une dernière fois : "dis donc, euh, tu me faïes passer ta note de fraïe ?". Ah, quand même ! C'était Jean-Pierre Broussard, bien sûr.  Mais si, Broussard, à la compta, qui fait toujours "dis donc, rhin rhin". Bon. Je n'insiste pas. En tout cas, je suis le seul à imiter Jean-Pierre Broussard quand il parle anglais. Et ce, dans le monde entier. Je vous le ferai une autre fois.

4) Je déteste les gens qui répètent toujours la même chose. Oui, la même chose. Vous savez, les gens qui répètent, qui sont là : "oui, euh", alors qu'ils viennent de vous dire la même chose deux minutes avant. Et encore, deux minutes avant, je suis gentil. Je suis gentil, hein. Parce que les gens qui répètent toujours la même chose, parfois c'est en moins de deux minutes. Ah, si, montre en main, moins de deux minutes. Comme si on n'avait pas compris du premier coup. Franchement. C'est le genre de truc qui m'énerve. Franchement.

5) Je souffre de fouririte. C'est une maladie contagieuse qui mériterait d'avoir un nom bien à elle et qui se manifeste par un symptôme social très gênant : si quelqu'un a le fou-rire dans mon entourage, je le chope illico, surtout si la situation est très tendue et que ce n'est pas le moment. J'ai par exemple beaucoup de sympathie pour ce pauvre garçon qui n'arrive pas à se contrôler dans cette séquence.

Pépère board

BilletJe dois aux fidèles lecteurs de ce blog une explication sur la rareté de mes billets depuis quelques semaines. Voilà. C'était un projet un peu confidentiel jusqu'à présent mais c'est fait : après avoir pris des parts dans le capital, je fais maintenant partie du board d'une grosse boîte internationale qui vient de se créer.

Le concept est audacieux. Après des journées passées au vert à concocter un plan d'action stratégique, le board est en train de mettre la dernière touche au business plan. Notre Grand Gourou Suprême a martelé les valeurs qui sont désormais les nôtres : enthousiasme, rigueur, convivialité, développement durable. On avait pensé à "grosse flemme, anarchie, prise de tête et gaspillage" mais on risquait alors d'être en concurrence avec beaucoup trop d'entreprises.

StickerboutikNotre activité ? Eh, eh, eh. C'est là que le concept est audacieux. On n'en sait rien. Pour l'instant, on vend des autocollants sur une boutique en ligne. Mais, attention : la boîte est positionnée web 2.0. Les recommandations powerpoint du cabinet conseil qui nous accompagne dans cette démarche proactive sont très claires : nous allons générer du trafic en urss, nettoyer nos données avec ajax et gérer du mashup en temps réel. C'est-à-dire, si j'ai bien compris, envoyer la purée.

Concrètement ? Eh bien, c'est sur le terrain que les choses vont se passer. Les concepts, c'est important, mais ça ne suffit pas pour adopter une démarche qui qualifie l'innovation sans brider l'expression du leadership. Et c'est là qu'est notre force. En effet, à ce stade de notre projet, nous avons défini des axes pertinents et nous sommes prêts à acquérir tous les outils pour déployer notre méthodologie. Ce qui veut dire que nous avons validé le positionnement de toutes les interfaces qui vont nous permettre de rentrer dans une véritable dynamique. Sans cette dynamique, pas d'énergie. Sans cette énergie, nous ne pourrons pas générer de la valeur. Or, la valeur, non seulement c'est le coeur de notre métier, mais c'est aussi ce qu'attendent les actionnaires sous forme de dividendes. Et là, je vous prie de croire que c'est très concret, un dividende.

C'est pourquoi je vous invite, vous aussi, à investir à nos côtés. Une façon simple d'adhérer aux valeurs de cette communauté émergente : vous procurer son signe d'appartenance. Pour quelques Euros, vous participerez à une aventure managériale sans précédent. Vous pourrez dire à vos enfants et vos petits-enfants (développement durable oblige) : "Oui, j'ai participé à ce projet ambitieux. A mon modeste niveau mais avec tout l'enthousiasme que cet esprit pionnier soufflait sur le web, je me suis inscrit dans l'histoire du management 3.0. Oui, je peux le dire aujourd'hui : j'en suis fier".

Soyons affables

BilletAprès les aventures des deux vaches et l'épopée des poules qui traversent la route, Anne-Lise nous donne l'occasion de nous pencher sur des versions contemporaines de "La Cigale et la Fourmi". Je propose de compléter cette série prometteuse et attend vos offres de prêt dans les commentaires...

VERSION STAGIAIRE

CigfouLucie Gall ayant trimé
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand son stage fut conclu :
Pas un seul petit bravo,
Pas le moindre ticket restau.
Elle alla se plaindre en pleurs
Chez l'assistant de son tuteur
Le priant de lui filer
Du pognon pour son loyer
Jusqu'à la saison nouvelle
-"J'ai bossé dur, lui dit-elle,
Au mois d'août, comme une malade
Faut me sortir de la panade".
L'assistant n'est pas très tendre :
C'est là son moindre défaut.
Qu'est-ce t'as foutu en septembre ?
Dit-il, en la prenant de haut
-"Pour mon rapport, j'ai pris du temps
à mettre en forme une synthèse
- T'as mis en forme ? j'en suis fort aise
Eh bien ! Touche le fond, maintenant.

VERSION LOGISTIQUE

- Allo ? Laaraf Ourmi ? Oui, Elias Igal à l'appareil. Société Jingle Bells Logistics. Voilà, je vous appelle, là, pour faire un peu de sourcing sur toute la région Afrique du Nord pour une grosse opération en-cours. Si vous voulez, je suis à la recherche d'un partenaire qui pourrait réagir en networking sur une offre à très court-terme sur des articles de la collection hiver. Bah oui, en fait, c'est assez urgent. Disons qu'on a une grosse rupture qui risque de bloquer tout le workflow sur le projet. En volume, il faudrait que ça passe d'ici cet été. Ouais, je sais, on s'y prend tard. Disons que fin août, ce serait un moindre défaut. Mais il faut savoir que c'est un business intéressant : il y a de quoi faire la culbute deux ou trois fois. Tout à fait, tout à fait. En tout cas, si j'ai votre intérêt, c'est le principal, hein, comme on dit. Concrètement, comment on procède ? On peut compter sur votre en-cours ? Mmmm. Je comprends. Tsst tsst tsst. Nan, je dis : c'est dommage. Même pour un prêt ? Je vois. Bon. Je vais chercher une solution voisine auprès d'un autre fourmisseur. La bise à votre épouse, hein.

- Source image : Tibo Soulcié -

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